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Auchan Aubagne : devenir acteur de sa prévention avec la démarche PRAP

  • 30 novembre 2015
Chariot à pâtons équipé de poignées ergonomiques. Cette réalisation a été menée par les employés de la boulangerie Auchan Aubagne dans le cadre de la démarche PRAP. Chariot à pâtons équipé de poignées ergonomiques. Cette réalisation a été menée par les employés de la boulangerie Auchan Aubagne dans le cadre de la démarche PRAP. copyright : Nicolas Brizé

Depuis trois ans, l’hypermarché Auchan à Aubagne a lancé une démarche de Prévention des risques liés à l'activité physique (PRAP) auprès de tout son personnel. Prise de conscience, analyse des situations de travail, recherche de solutions… Quand les petites trouvailles ingénieuses répondent aux grands principes de prévention.

Dans le secteur de la grande distribution, les salariés sont exposés aux accidents liés aux manutentions manuelles de charges, aux postures pénibles, au travail répétitif. Ces contraintes physiques peuvent engendrer des blessures, déchirures musculaires et troubles musculo-squelettiques (tendinites, lombalgies,…).

« Nous ne sommes pas dans une course contre la montre. C’est d’abord la bonne organisation et le bon matériel qui feront que les salariés seront efficients sur leurs postes de travail. » Jean-Noël Marcou, RRH Auchan Aubagne

La prise de conscience, c’est le sens même de la démarche PRAP. « Bien que les salariés disposent déjà d’un matériel adapté, certains n’en voient pas l’utilité et prennent le parti de ne pas l’utiliser. Le PRAP peut être déclencheur. » Initiée en 2012 à Auchan Aubagne, la démarche PRAP s’inscrit dans un plan d’actions national que l’enseigne conduit en lien avec les CHSCT et le réseau Assurance Maladie - Risques professionnels / INRS. « Auchan avait déjà une culture « Gestes et postures », rappelle M. Marcou. Tous les salariés ont reçu cette journée de formation dans le cadre de leur parcours professionnel. Mais ce n’était pas suffisant. Très vite, ils en oublient les fondements, jusqu'à ce qu’ils se refassent mal. »

En 2012, l’entreprise prend un virage. « Il s’agissait d’aller plus loin en impliquant les salariés dans la démarche de prévention. » Aujourd'hui trois salariés ont suivi une formation de formateur PRAP, et bientôt un quatrième. Cette certification INRS leur ouvre le droit d'animer une formation-action auprès des salariés futurs acteurs PRAP. « Pour l’entreprise, c’est un investissement. Un formateur PRAP suit 2 semaines de formation. Et pour chaque salarié, une formation-action PRAP dure 2 jours. À ce jour, entre 80 et 100 salariés l’ont suivi en interne. L’hyper d’Auchan Aubagne compte 800 collaborateurs. Nous avançons pas à pas, d’autant plus qu’au bout de deux ans, il y a déjà du recyclage. »

« La démarche doit venir de l’intérieur. »  Frédéric Clavel, membre du CHSCT

« Qui mieux que le salarié sait ce qui est bon pour améliorer son poste de travail ? » Frédéric Clavel est formateur PRAP. « Plutôt que d’imposer des gestes et postures, la démarche PRAP fait prendre conscience de son corps pour inciter le salarié à réfléchir à des solutions plus ergonomiques. » Un matériel non utilisé, la remise en cause d’une façon de travailler… « C’est aux équipes d’analyser les situations de travail, de définir un modèle d’action et de trouver les solutions adaptées. » Pour Anne-Marie Passoni, contrôleur de sécurité à la Carsat Sud-Est, cette démarche vise aussi à « créer un climat de confiance. Les signalements, la pénibilité, sont remontés au management. Des réponses sont données. L’expression est ouverte. C’est important dans le contexte économique actuel. »

La démarche semble donner des résultats. « Les blessures sont moins graves. Il y a moins de déchirures, moins de tendinites », constate M. Clavel.  Par contre, « nous avons toujours des accidents du travail liés aux manutentions manuelles avec appareil, le port des EPI n’est pas toujours respecté, et il y a des chocs en raison de la co-activité, en particulier le matin au moment du remplissage. » La prise de conscience prend du temps. Mais cette démarche a déjà abouti à plusieurs réalisations. En voici trois qui ont fait l’objet d’un accompagnement par un formateur PRAP.

3 études de cas

Chaque outil a été imaginé par les salariés. La réalisation du prototype a été confiée au service technique et maintenance. « Les équipes sont maîtresses de leurs actions. »

Logistique : faciliter le transfert des conteneurs. (photo 1 ci-dessous)

Chaque matin, les conteneurs dédiés au tri sélectif (cartons, plastiques, bois) sont distribués dans tous les rayons. Au moment de l’ouverture du magasin, ils doivent tous être évacués au même moment. Jusqu’à présent, ils étaient tirés manuellement, ce qui sollicitait notamment la coiffe des rotateurs de l’épaule. Les employés ont donc fait une étude pour adapter un système d’accroche à un tire-palettes électrique. Désormais, les conteneurs sont rassemblés en ligne droite dans le magasin, reliés entre eux, puis emmenés par le tire-palettes.

Un chariot à poignées ergonomiques à la boulangerie. (photo 2 ci-dessous)

Plein, un chariot à pâtons pèse 100 kg. Auparavant, les employés l’attrapaient sur les rebords par le bout des doigts et le naviguaient comme ils pouvaient, ce qui nécessite un effort plus important et donc créait des TMS au niveau des bras et du coude (épicondylites), ainsi que des chocs sur les rotules. Après analyse, les employés ont décidé de poser deux poignées verticales, ce qui rend le dispositif beaucoup plus maniable.

Réduction des risques de TMS au rayon Animalerie. (photo 3 ci-dessous)

Un sac de croquettes est difficilement maniable et peut peser de 13 à 20 kg. En rayon, l’emplacement prévu est l’étagère basse de la gondole à 15 cm du sol. La position est très contraignante : courbée vers l’avant avec un angle supérieur à 45°, à genoux bras tendus avec torsion latérale. Suite à deux accidents du travail, un prototype de chariot a été conçu par l’équipe. Monté sur 4 roues directrices, il a subi des améliorations.

Le chariot définitif sera doté de deux côtés, de 2 roues fixes à l’arrière et de 2 roues directrices à l’avant pour la maniabilité. Le service technique a reçu commande pour équiper de ces chariots l’ensemble de la partie basse du rayon animalerie.

« Cette action de prévention va faire l’objet d’un enregistrement dans le programme TMS Pros », précise M. Clavel : diagnostic de l’équipe Animalerie, mise en place d’un plan d’actions et réalisation du chariot en étape 3, « en lien avec la méthode d'analyse de la charge physique de travail proposée par l’INRS - ED 6161. » (lien en fin d’article)

Auchan Drive se donne du PEPS

Les salariés sont plus jeunes à Auchan Drive, et à ce titre, ils aiment relever les défis. « Ils se challengent entre eux », souligne M. Marcou. « Nous essayons de les amener à réfléchir sur leur façon de travailler, la posture adaptée et le choix du matériel approprié. » Un programme d’étirement musculaire a débuté dans les équipes avant la prise de poste. Trois Drive sont associés : à Avignon, Le Pontet et Aubagne. « Avant d’entamer 8 heures de travail, surtout au petit matin, il faut penser à s’échauffer et à s’étirer. »

Cette séance d’échauffement, de 10 à 20 minutes,  se déroule sur leur lieu de travail, pendant les heures de travail, et elle est adaptée aux gestes spécifiques à leur métier. Sur la centaine de salariés que compte le Drive Aubagne, une cinquantaine est concernée par cette formation PEPS (Programme d’économie posturale et santé), avec à terme un objectif de former 100% des salariés. Les référents PEPS suivront une formation de deux jours, les salariés une journée. « Nous allons voir comment les collaborateurs vont se l’approprier et étudier ses résultats en termes de prévention et de réduction de l’accidentologie. »

Cette formation a été référencée au niveau national d’Auchan pour qu’elle puisse se développer dans tous les magasins. Les bonnes pratiques circulent dans l’enseigne. « Deux référents PRAP au niveau national étudient et éventuellement référencent les solutions que font remonter chaque formateur PRAP dans les magasins. »

Prochaine étape : la dépalettisation. M. Clavel a conduit une étude sur les palettes « building », notamment de fruits et légumes, crèmerie et poissonnerie. « Certains fournisseurs extérieurs nous livrent des palettes de plus de 2,2 mètres de haut. Techniquement, la dépalettisation n’est pas évidente. Les pinces hydrauliques peuvent poser des problèmes en termes de résistance des colis. »

D’autres méthodes nécessitent de doubler les manutentions, voire entraînent des risques de chute de hauteur ou de gros travaux de génie civil. « Un conditionnement de la marchandise sur des palettes intermédiaires réglerait le problème. » Ou des caisses-palettes en fil de fer emboîtables, gerbables. « On en reçoit de plus en plus par nos entrepôts pour couper ces hauteurs de travail. »

2780 fois Dernière modification le 04 février 2016
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