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Questions à Raymond Vincent

  • 08 janvier 2014
Raymond VINCENT, chargé de mission à la Direction des applications de l’INRS Raymond VINCENT, chargé de mission à la Direction des applications de l’INRS

En juillet 2014, de nouvelles dispositions entrent en application pour limiter l’exposition professionnelle au chrome hexavalent. Raymond VINCENT, chargé de mission à la Direction des applications de l’INRS, dévoile pour MLR les raisons de ce changement et les enjeux de la prévention.

Ces microgrammes qui pèsent lourd

« Chromate de plomb, de sodium, de calcium... toute une famille de sels qui, lorsqu’ils sont utilisés, se retrouvent sous forme de chrome hexavalent. »

Quel est l’impact de la nouvelle réglementation sur les entreprises et leurs salariés ?

De nouvelles valeurs limites d'exposition à des agents chimiques dangereux ont été fixées. Le chrome VI fait partie des substances concernées et sa valeur limite sera fortement abaissée, puisque divisée par cinquante.

Le chrome VI est-il un produit dangereux ?

C’est un cancérigène avéré, classé dans le haut du tableau du Centre International de Recherche sur le Cancer depuis 1990. Il est à l’origine de tumeurs pulmonaires malignes.

Dans quelles proportions est-il nocif ?

C’est une question de fréquence, de durée d’exposition et bien évidemment de dose. Le nouveau seuil (Valeur Limite d’Exposition Professionnelle) a été fixé à 1 microgramme par mètre cube à partir du 1er juillet 2014. Une infime poussière dans un grand volume d’air... mais suffisamment toxique pour qu’il soit nécessaire de ne pas y exposer le personnel.

Nous avons mis au point des techniques de mesures extrêmement fines, et avons conduit une campagne de prélèvements. L’INRS a travaillé de concert avec les laboratoires de chimie des Carsat, dont celui de la Carsat Sud-Est. La méthode utilisée est suffisamment précise pour mesurer des expositions inférieures au dixième de la valeur limite.

Combien de mesures ont-elles été effectuées ?

Nous en avons réalisé 750, dans une centaine d’entreprises. Pour un quart des échantillons, les résultats dépassent la nouvelle valeur limite.

Quels sont les métiers les plus exposés ?

Fonderie d’inox, chaudronnerie, chromage, soudage bien sûr, où le risque est déjà identifié, mais aussi galvanoplastie, verrerie, plasturgie, textile, ciment, tannage des cuirs, traitement du bois, pulvérisation ou ponçage de peintures, en particulier dans l’aéronautique. On trouve des dépassements dans presque tous les secteurs qui utilisent des sels susceptibles d’exposer au chrome hexavalent. Une exception : la céramique.

Combien de personnes sont concernées ?

Si on intègre les soudeurs, on peut affirmer que plusieurs centaines de milliers de salariés sont exposés à cet agent dangereux.

« 110 000 salariés exposés au chrome VI, sans compter les soudeurs »

Comment réduire ce risque ?

En s’interrogeant d’abord sur le procédé et sur la possibilité de supprimer ou de remplacer les éléments incriminés. Verre, céramique, bois, plastique, cuir : ces secteurs ont montré qu’il est possible d’agir. Suppression ou substitution constituent la voie royale, même s’il n’est jamais simple de modifier un procédé et qu’il faut de surcroît veiller à ne pas remplacer un polluant par un autre.

A défaut, on peut aussi isoler l’espace de fabrication, installer des captages à la source et des ventilations. En dernier ressort, lorsque ces options ne sont pas applicables, il reste les protections individuelles adaptées, conjuguées à une solide formation des opérateurs, une bonne maintenance des équipements et un suivi médical.

Existe-t-il toujours des solutions ?

Hormis le secteur aéronautique, soumis à des contraintes très particulières, des solutions satisfaisantes peuvent toujours être mises en place.

Où trouver les informations pour limiter les expositions?

L’INRS et les Carsat proposent des Fiches d’Aide au Repérage, qui permettent de détecter les cas d’exposition potentielle au chrome VI, ainsi que des Fiches d’Aide à la Substitution, qui livrent des solutions de remplacement et des idées pour adapter les procédés. Ce sont des documents pratiques et très efficaces, conçus pour les entreprises et segmentés par activité.

Ils apportent une aide précieuse et constituent de vrais outils de terrain à consulter absolument. Ils sont téléchargeables sur le site de l’INRS et sur celui de la Carsat Sud-Est.

Une question d’éthique et de responsabilité pénale

La responsabilité de l’évaluation des risques incombe à l’employeur. Quelle que soit la taille de la société, un chef d’entreprise ou d’établissement eut se voir mis en demeure de réaliser des mesures d’exposition. En cas de dépassement des limites prescrites, l’inspection du travail peut imposer un arrêt de la production.

4686 fois Dernière modification le 04 février 2016
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