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Bien vieillir au travail : expérimentation commune dans le Sud-Est

  • 30 novembre 2016
Bien vieillir au travail : expérimentation commune dans le Sud-Est copyright : Carsat Sud-Est

La branche AT-MP, la branche Retraite et le réseau Anact/Aract ont été missionnés dans 5 régions pour imaginer des solutions d’accompagnement des entreprises sur le thème de la prévention de l’usure professionnelle et du maintien durable en emploi. À la Carsat Sud-Est, Carole Nouvel (Direction Retraite) et Bertrand Caubrière (Direction des Risques Professionnels) ont piloté cette expérimentation en 2015 aux côtés de Laurent Taillebois d’Act Méditerranée. Retour d’expérience.

Pourquoi croiser vos compétences autour du bien vieillir au travail ?

_ Carole Nouvel, responsable du département Pilotage et Marketing, Direction Retraite : Dans un contexte global de vieillissement de la population et de recul de l’âge de départ à la retraite, les entreprises ont besoin d’anticiper et de s’adapter à une part croissante de salariés seniors. Les trois réseaux nationaux missionnés pour cette expérimentation ont apporté des compétences complémentaires : l’information sur le droit à la retraite et le maintien durable en emploi pour la Direction Retraite, la prévention de l’usure professionnelle pour la Direction des Risques Professionnels, la Gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC) pour l’Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail (ANACT).

Cette expérimentation s’inscrit-elle dans la continuité de votre offre de service « Conseil retraite en entreprise » ?

_ Carole Nouvel : Effectivement, depuis 2009 nous proposons aux employeurs des réunions d’information retraite auprès des salariés. Cette offre est née avec la réforme des retraites en 2010 afin de promouvoir le maintien en emploi des seniors. Les dispositifs de surcote, de retraite progressive ou de cumul emploi retraite visent à motiver le salarié pour qu’il reste un peu plus longtemps en activité professionnelle.

À partir de 2019, la réforme des retraites complémentaires Agirc-Arrco va générer des décotes et des surcotes supplémentaires. L’impact sur les entreprises risque d’être considérable. C’est pourquoi il est urgent de réfléchir à une offre de service axée sur le vieillissement des salariés autour des questions de gestion des ressources humaines et de la santé au travail. C’était le but de cette expérimentation.

La prévention primaire n’est-elle pas la première des actions pour prévenir l’usure professionnelle et garder son emploi, et ce quel que soit l’âge du salarié ?

_ Bertrand Caubrière, ingénieur conseil, Direction des Risques Professionnels : C’est sûr, si l’on réduit les risques au poste de travail et que l’on améliore les conditions de travail, on diminue la sinistralité liée aux mécanismes physiques et psychologiques d’usure professionnelle. Mais le vieillissement au travail ajoute une nouvelle dimension : le temps. Nous voulons que les entreprises prennent conscience de deux choses : que l’usure professionnelle peut s’anticiper par de la prévention des risques, à condition qu’on ne s’en préoccupe pas seulement quand le salarié devient senior. Tous les salariés deviendront des seniors, les jeunes, les quadras, les débutants. La démarche de prévention est donc globale.

Quelle a été votre stratégie d’approche pour accompagner les entreprises sur cette problématique en région PACA ?

_ Carole Nouvel : Tout d’abord, il fallait qu’elles acceptent d’entrer dans ce dispositif. En 2015, nous avons ciblé 5 entreprises de la région Sud-Est sur 2 critères :  un taux élevé de sinistralité et un taux élevé de seniors. 3 secteurs d’activité sont représentés : médico-social, agroalimentaire et transport de fonds. Du fait que ces entreprises étaient déjà suivies par la Direction des Risques Professionnels, la relation de confiance était déjà établie.

Notre démarche méthodologique s’est basée sur un diagnostic et un plan d’action personnalisés et elle s’est articulée autour de temps individuels et de temps collectifs sur une période de 6 mois. Concrètement, nous avons associé et formé un groupe de travail de chaque entreprise : un représentant de la direction et un représentant du personnel. Ces sessions collectives, axées sur la problématique de l’entreprise, ont porté sur l’apport d’outils, de réflexion et d’identification des freins et des opportunités.

Quels outils avez-vous mis à leur disposition ?

_ Bertrand Caubrière : Chaque branche a apporté son expertise, avec l’appui d’outils juridiques et réglementaires côté Direction Retraite, la grille GPS&ST (Positionnement en santé et sécurité au travail) et la brochure « Bien vieillir au travail » de l’INRS côté Direction des Risques Professionnels, (liens en fin d’article), et enfin une approche démographique développée par l’ANACT, qui a croisé des prévisions d’effectifs et des données de sinistralité passée sur un  horizon 3 à 5 ans. Cette vue d’ensemble est possible. On peut intégrer des données de sinistralité dans une GPEC.

Vous avez eu des résultats ?

_ Carole Nouvel : Je pense que nous avons réussi à leur faire prendre conscience qu’à travers une démarche de prévention de l’usure professionnelle, on peut aussi agir pour demain. Et c’est déjà une victoire ! Les entreprises sont souvent dans l’immédiateté. Nous le constatons dans le cadre de notre offre de conseil en entreprise. Beaucoup d’employeurs souhaiteraient voir leurs seniors partir plus tôt. C’est une réalité. Mais petit à petit, les lignes peuvent bouger. On informe, on avertit, on prépare l’avenir autrement. D’ailleurs, ce sont plutôt les jeunes générations qui sont impactées par ce dispositif. Pour les seniors d’aujourd'hui, j’ai presque envie de dire que c’est déjà trop tard.

Le vieillissement au travail est-il une réalité pour ces entreprises ?

_ Bertrand Caubrière : En France, les seniors peuvent être perçus comme des salariés qui coûtent chers, réfractaires aux changements de pratiques, etc. Certains employeurs ont ces représentations négatives. Or les seniors ont des compétences qui peuvent même s’avérer vitales pour l’entreprise. Que ce soit un opérateur ou un ingénieur, son départ brutal ou non anticipé peut avoir des conséquences néfastes sur la performance de l’entreprise. Et parfois, quand l’entreprise se rend compte de la valeur ajoutée du senior, c’est trop tard. Il est déjà parti ! Nous voulons faire passer le message que les seniors peuvent développer la performance de l’entreprise.

Quelles sont les pistes qui ressortent de votre expérimentation ?

_ Bertrand Caubrière : Nous avons identifié deux axes prioritaires en complément de la démarche classique de prévention des risques professionnels : la place des parcours professionnels et la prise en compte des acteurs territoriaux. Si l’on propose à des salariés qui avancent en âge d’imaginer une deuxième partie de carrière sur des postes un peu différents, on pourrait réduire l’exposition aux risques, la lassitude au travail ainsi que l’usure psychologique.

Pour les salariés, c’est parfois très compliqué à mettre en œuvre, car c’est tout un parcours professionnel qu’il faut réorganiser. Il nous est apparu que l’échelon territorial est clé. C’est le deuxième axe. Pour un quadra salarié en PACA, c’est plus facile d’évoluer en restant dans le sud de la France qu’en partant en Alsace-Moselle. Dans certaines zones, Il y a des dominantes de métiers, des tensions sur certains emplois. Des acteurs territoriaux peuvent jouer un rôle sur ces parcours professionnels, au sein d’un secteur d’activité ou d’un périmètre géographique.

Qui sont ces acteurs territoriaux ? Avez-vous des exemples en PACA ?

_ Carole Nouvel : Les Comités de bassin d’emploi et les Maisons de l’emploi peuvent créer ces passerelles entre les entreprises, voire entre des secteurs d’activité. Et il existe des bourses aux emplois. Ces relais sont nécessaires. Même s’il reste encore beaucoup de chemin à accomplir. Nous avons consulté au niveau national des acteurs susceptibles de porter de telles démarches et selon eux le marché est prêt à en parler, mais il n’est pas mûr pour investir de l’argent, dans la formation par exemple.

Les freins sont de toutes sortes : psychologiques, financiers, sans parler de la mobilité qui peut être perçue comme un risque. Cependant il existe de véritables opportunités. Par exemple, dans le secteur médico-social en PACA, nous avons identifié des passerelles entre l’aide à domicile et les EHPAD (Établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes).

Une offre de service reste à créer. Quels sont les acteurs incontournables pour lever les freins ?

_ Bertrand Caubrière : La Carsat Sud-Est a été force de propositions vers les directions nationales des branches Retraite et AT-MP. Elles sont partagées avec celles des quatre autres régions expérimentatrices. Une action sera peut-être être proposée dans le cadre des orientations nationales sur la période 2018-2021. La sécurité sociale peut proposer des services en mixant ses compétences propres à chaque branche. Il faudra également compter avec les organisations et branches professionnelles. Les partenaires sociaux sont conscients des difficultés qu’auront les entreprises si elles n’anticipent pas ces problématiques.

Du côté du patronat, la compétence est une question clé pour faciliter les parcours professionnels. Des expérimentations ont été menées en ce sens. Du côté des salariés, j’ai moi-même participé à une matinée d’étude à l’Institut régional du travail de PACA sur le thème « Vieillir au travail en bonne santé », institut spécialisé dans la formation des syndicats de salariés. Cela montre bien que ces derniers s’y intéressent aussi.

Enfin, la formation est un pilier du dispositif, notamment par le biais des OPCA (Organisme Paritaire Collecteur Agréé). Actuellement, le budget de formation continue est orienté en priorité sur le développement de l’emploi. La formation initiale peut aussi jouer un rôle pour sensibiliser les futurs jeunes actifs. Je signale d’ailleurs un événement en PACA : l’École Centrale de Marseille vient d’être labellisée par le CNES&ST (Conseil national pour l'enseignement de la santé & sécurité au travail). Son cursus ingénieur va justement intégrer les questions du vieillissement au travail.

Chiffres clés

À 50 ans, encore 30% de sa vie professionnelle reste à accomplir.

Seulement 45% de la tranche 55-64 ans travaille (ce taux d’emploi est inférieur à la moyenne des pays industrialisés).

En savoir plus :

Vieillissement-Travail – INRS.

Bien vieillir au travail – ED 6097, INRS 2011.

Grille GPS&ST 2011 – INRS.

Améliorer son revenu à la retraite.

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