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PLAN D’ACTION NAUTISME : la prévention remise à flot

  • 02 juillet 2015
Port Pin Rolland, 2015. Les portiques élévateurs (roulev), de 30 à 80 tonnes, sont contrôlés deux fois par an par l’APAVE Port Pin Rolland, 2015. Les portiques élévateurs (roulev), de 30 à 80 tonnes, sont contrôlés deux fois par an par l’APAVE copyright : Nicolas Brizé

La Carsat Sud-Est a lancé un plan d’action régional 2014-2017 sur l’activité de fabrication et de réparation de bateaux en bois et polyester. Les risques chimique et de chute sont ciblés en priorité. Premier bilan et illustration des mesures de prévention exemplaires par deux entreprises varoises : Loïc Bayze, une TPE à Bandol, et Port Pin Rolland, une PME à Saint-Mandrier. La saison peut tourner à plein régime !

L’entretien et la réparation de bateaux en bois et polyester est une activité très présente sur tout le littoral : 400 établissements en PACA et Corse, soit 2 000 salariés affiliés au régime général. L’accidentologie est 2 fois plus élevée que la moyenne régionale toutes activités confondues, son coût évalué à 950 000 euros. Et c’est sans compter avec les artisans ou les auto-entrepreneurs qui travaillent en sous-traitance dans les aires de carénage.

La fabrication étant très occasionnelle, le périmètre d’activité se concentre sur : la réparation des coques avec du polyester stratifié, les travaux de peinture, de ponçage, de nettoyage, menuiserie, charpente, mécanique, électricité… Ces dernières années, la Carsat a identifié deux risques majeurs :

  • Le risque chimique : les poussières (de bois, plastique, fibre de verre…) et les produits utilisés (diluants, dégraissants, gelcoat, antifouling, peintures) exposent les travailleurs à des substances inflammables ou hautement toxiques comme le toluène, un reprotoxique présent dans les solvants, ou le styrène dans les résines polyester, classé « cancérogène possible ». Les effets néfastes sur la santé peuvent être immédiats (vertige, céphalée, irritation oculaire ou nasale…), voire cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques (CMR) à plus ou moins long terme, susceptibles de déclencher des maladies professionnelles.
  • Le risque de chute (hauteur et plain pied) : le travail en hauteur ou l’accès aux bateaux est réalisé dans des environnements souvent instables, même en atelier où l’usage d’échelles est monnaie courante, surtout sur les petits chantiers navals. Les échafaudages ne sont pas toujours assemblés dans le respect des normes. L’absence de protection collective ou des moyens d’accès empiriques accentuent le risque de chute.

Le plan d’action régional Nautisme 2014-2017

Forte de ce constat, la Carsat Sud-Est a lancé un plan d’action prioritaire sur ce secteur d’activité. Objectif : « Contribuer à la mise en œuvre de mesures de prévention techniques, organisationnelles et humaines, liées aux risques de chute et chimique », indique Julien Bonnans, qui pilote ce plan d’action. « 110 établissements ont été visités. Nous suivrons leur progression pendant 4 ans en apportant à la fois du conseil technique et des incitations financières. »

Cette démarche s’inscrit dans la continuité du plan d’action régional sur la réparation de Grande Plaisance lancé fin 2007. « Nous voulons créer une dynamique de progrès dans l’ensemble de la profession, notamment avec l’appui de nos partenaires pour la diffusion des bonnes pratiques : CCI, Fédération des Industries Nautiques, Riviera Yachting Network, centres de formation. »

Les mesures prioritaires

Au terme de la première année, des axes de progrès ont été identifiés :

  • Organisation du travail : intégrer a minima l’évaluation des risques professionnels (DUER), nommer un sauveteur secouriste du travail (SST) et un responsable Prévention, former au choix et à l’utilisation des équipements de protection individuelle (EPI).
  • Gestion des produits chimiques : améliorer la connaissance du risque (formation, fiches de données de sécurité - FDS), le stockage (surtout dans les petites entreprises), la ventilation des postes de travail et les procédés de substitution (CMR ou inflammables).
  • Travail en hauteur : développer des moyens d’accès (tours, passerelles) et des postes de travail sécurisés (échafaudages de pied, plates-formes individuelles roulantes légères – PIRL) en remplacement de l’utilisation d’échelles. Sur les plus grands chantiers (yachting), les conditions de réception de l'échafaudage doivent être précisées en conformité avec les recommandations du guide des bonnes pratiques RYN/CARSAT n°1.

LOÏC BAYZE MARINE : une TPE exemplaire

Loïc Bayze : « Cette nacelle ciseaux est un instrument génial ! On a gagné en confort de travail et en sécurité. » (photo 1)

C’est un incendie qui a tout déclenché en 2010 sur l'aire de carénage du Port de Bandol. Pour les 7 professionnels présents sur site, la mairie a accepté de construire des nouveaux locaux. Loïc Bayze Marine, l’une des deux entreprises qui emploient des salariés, propose des travaux de peinture, ponçage, polissage, stratification… sur des bateaux de 6 à 12 m.  « Les nouveaux locaux ont été livrés en mai 2013. J’ai pu aménager des locaux sociaux, un coin cuisine, des vestiaires et un vrai bureau pour recevoir les clients. Auparavant, on mangeait dans une voiture. »

Loïc Bayze a également suivi les recommandations de la Carsat et il a pu bénéficier d’une aide financière dans le cadre d’un contrat de prévention TPE. « Les progrès sont remarquables pour cette entreprise de petite taille ». Christian De Maria, contrôleur de sécurité à la Carsat Sud-Est, se souvient de sa première visite en 2010. « Ils sont partis de rien, comme beaucoup d’entreprises du secteur. Les produits chimiques étaient dispersés dans un conteneur maritime de 40 pieds à moitié rempli et dans deux roulottes de chantier à l'extérieur. Les FDS n’étaient pas demandées. À partir du moment où le danger n’est pas immédiat, le salarié se méfie beaucoup moins des effets différés du produit. » Concernant le risque de chute de hauteur, « l’échafaudage roulant n’était pas assemblé dans les normes ; on accédait au bateau par une échelle plus ou moins attachée, surtout à la première montée… »

Aujourd'hui, tout a changé. Pour Loïc Bayze, « c’est un gros investissement pour le bien-être des salariés, le confort de travail et pour l’avenir de l’entreprise. »

Les principales mesures de prévention

  • Un local de stockage des produits chimiques a été aménagé (photo 2) : le box ventilé contient trois étagères de 2,5 m. de long avec bacs de rétention. Les installations électriques (local, éclairage) sont adaptées aux dispositions ATEX (Atmosphère Explosive). « Nous avons également investi dans une machine automatique pour nettoyer les pistolets. »
  • L’achat d’une nacelle ciseaux a sécurisé les travaux en hauteur (réparation, polissage). Les salariés ont reçu une formation CACES®. La réglementation interdit d’utiliser la nacelle comme moyen d’accès au bateau. Une réflexion est en cours pour remplacer les échelles utilisées comme moyen d’accès.
  • La gestion des produits a évolué. « Les bidons de résine de 25 kg sont remplacés par des bidons de 5 kg. Le client repart avec ses produits, ce qui représente 60% de produits en moins à gérer. » Les produits très toxiques (étiquetés par une tête de mort) ont été retirés. Le décapage des coques est sous-traité à Bioboat qui procède par hydrogommage. Enfin, les salariés ont suivi une journée de sensibilisation sur le risque chimique, dispensée par le secteur formation de la Carsat Sud-Est avec l’appui de son Laboratoire Interrégional de Chimie (LIRC).
  • Une cabine ventilée (photo 3), avec mur aspirant, a été installée pour les travaux de peinture, le ponçage ou la stratification. « Le conseil technique de Roland Niéri, Contrôleur de Sécurité du LIRC, a été précieux, notamment pour définir les vitesses de ventilation et faire le tri dans les propositions des fournisseurs. Le résultat est vraiment impressionnant. Le salarié travaille dans un flux d’air neuf. Le nuage de polluants a disparu. » Loïc Bayze a même conçu une table avec trémie ventilée pour la découpe de toile de fibre de verre. Plutôt rare dans le secteur.

€ Investissement Loïc Bayze Marine, Bandol (83150)

Réparation et maintenance navale, 3 à 5 salariés, 75 m2
Achat de matériel : nettoyeurs de pistolets, nacelle, box de rangement et cabine ventilés
Coût global : 42 500 € (formation incluse)

c demaria« Nous proposons des mesures de prévention adaptées à l’activité, aux locaux et à la situation économique de l’entreprise, en veillant à suivre une progression dans la durée. » Christian De Maria, Contrôleur de sécurité, Carsat Sud-Est

Port Pin Rolland : une métamorphose sur mesure

nautisme photo 1Echafaudage de pied, avec garde-corps et escalier d’accès sécurisé. Port Pin Rolland, 2015.

Situé à Saint-Mandrier-sur-Mer, Port Pin Rolland est dédié à la réparation et la maintenance navale. Il peut accueillir 350 bateaux à flot et 500 à terre, d’une longueur de 6 à 20 m. Une quinzaine de bateaux sont en chantier en permanence.

La variété des travaux proposés (polyester, menuiserie, charpente, électricité, mécanique, voilerie) impliquent des mesures de prévention adaptées au métier.

« Avant, on travaillait sans aucune protection, confie Christian Castanié, Directeur général. L’entreprise est née en 1997. On peignait en plein air, sans ventilation ni cocon, avec des semblants de masque. On ne voyait pas le problème. Ça ne nous choquait pas du tout de monter sur un escabeau. Ce sont des méthodes d’un autre temps, que l’on retrouve encore chez certains de nos confrères. »

Christian De Maria suit l’entreprise : « La ventilation, présente dans certains locaux, était insuffisante. Les produits chimiques étaient dispersés dans les locaux. Les échafaudages roulants n’étaient pas assemblés dans les normes, avec notamment l’absence de garde-corps… »

En 2011, l’entreprise a reçu la visite de l’inspection du travail. La prise de conscience a été déterminante. La Carsat a apporté son soutien technique et financier. « Des règles organisationnelles ont d’abord été mises en place, indique Christian De Maria. Ensuite, deux actions ont été menées de front sur les risques chimiques et de chute de hauteur, en veillant toujours au maintien du rangement et à la propreté des ateliers. »

Les principales mesures de prévention

  • L’organisation : Une partie du chantier de 3000 m2 a été cédée à la CCI. Christian Castanié a conservé 4 grandes nefs pour : le ponçage, la peinture, la menuiserie et le stockage. Celui-ci est divisé en deux zones, mécanique et matériel client, pour lequel il a investi dans des transpalettes et une mezzanine, avec l’aide financière de la Carsat. Il a également un atelier de découpe du tissu et un atelier mécanique. Un magasin stocke les matières premières au jour le jour.
  • Un responsable Prévention Sécurité a été désigné. Stéphane Tite-Grés veille au suivi de la formation des salariés : CACES®, échafaudage, travail en hauteur, incendie, secourisme… Il surveille la bonne utilisation des EPI. « Même si les salariés sont beaucoup plus vigilants sur le port des EPI, il faut sans cesse rappeler l’usage des bonnes pratiques, surtout en été, quand il fait chaud. » Il fait aussi des tests de substitution, « sur l’acide chlorhydrique ou un dégraissant cale & moteur. »
  • Les produits chimiques (photo 3) sont stockés dans un conteneur de transport frigorifique isolé à l’extérieur, étanche et ventilé, avec boîtes de rétention et montage ATEX (éclairage, ventilateur). Un modèle du genre. « La résine est stockée à part dans un conteneur dédié et nous avons un bac récupérateur d’acide. »
  • Le réseau de ventilation (photo 1) a été refait à neuf dans tous les locaux. Une aspiration haute dépression a été installée dans trois nefs. L’aspiration se met automatiquement en route quand on branche un outil électroportatif. Les polluants sont captés directement au point d’émission. « C’est un gain en qualité, en confort et en rapidité d’exécution », témoigne un menuisier. « Sans l’accompagnement technique de la Carsat, nous n’aurions pas su faire les bons choix d’équipement », déclare Stéphane Tite-Grés.
  • Une cabine de peinture ventilée sur mesure (longueur : 7x5 m, hauteur : 3,5 m) (photo 2) permet de rentrer des grandes pièces. « Les pièces n’entrant pas dans la cabine, plus rares, nous les traitons à l’extérieur en mettant en place un cocon ventilé sur mesure. » Cette structure d'échafaudage légère, bâchée par un film thermorétractable, intègre un dispositif de ventilation mobile.
  • Un échafaudage de pied, avec garde-corps et escalier, a sécurisé le poste de travail et l’accès en hauteur. La structure tubulaire permet d’épouser la forme du bateau et de travailler avec une largeur de plancher suffisante. Les salariés ont reçu une formation aux règles de montage. « Nous n’avons pas de place pour manœuvrer avec une nacelle. »

« Au total, nous avons investi 250 000 euros dans la prévention en deux ans. C’est un gain en productivité, en satisfaction, en qualité de vie au travail et en image de marque », reconnaît Christian Castanié. Prochaine étape : la réfection des sols. « Une nécessité. »

€ Investissement Port Pin Rolland, Saint-Mandrier-Sur-Mer (83430)

Fabrication, réparation et maintenance navale, 35 salariés, 2000 m2
Durée du chantier : 2 ans
Coût global : 250 000 € (hors rénovation des sols)

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5479 fois Dernière modification le 05 février 2016
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