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Manutentions sur chantier : ne travaillez jamais en mode dégradé

  • 27 décembre 2016
Rack de stockage de pré-murs. La manœuvre de retournement du rack par la grue mobile a été mortelle. Rack de stockage de pré-murs. La manœuvre de retournement du rack par la grue mobile a été mortelle. copyright : Carsat Sud-Est

L’utilisation d’éléments préfabriqués en béton nécessite une évaluation et une anticipation des risques. Le décès qui est survenu lors d’une opération de manutention de MCI (Murs à coffrage intégré) à l’aide d’une grue mobile doit nous rappeler que les moyens mis en œuvre impliquent une organisation et une attitude exemplaires de l’ensemble des acteurs : gros œuvre, maître d’ouvrage, coordonnateur SPS, grutier, transporteur, etc.

LES FAITS

Hiver 2016. Un chantier de construction en région PACA-Corse. L’entreprise générale a confié à un transporteur la livraison de pré-murs à l’aide d’un camion auto-déchargeable. Le jour de l’accident, c’est la première fois que cette opération de déchargement est réalisée, deux mois après le début du chantier.

Une grue de 55 tonnes a été commandée pour effectuer les manutentions, mais le jour de l’opération, c’est une grue de 100 tonnes qui arrive sur le chantier.

Dans un premier temps, la grue est positionnée entre un voile béton existant et la charpente. Mais une fois déployée, les mouvements de la grue sont gênés par le voile béton. Décision est prise par le gros oeuvre de la déplacer sur le site de l’entreprise jouxtant le chantier (après avoir reçu son autorisation). Mais cette fois, quand la grue se déploie à nouveau, la flèche est plus longue, elle détecte un surpoids et se met en alarme.

Le gros œuvre demande alors au chauffeur de se déplacer sur la voie de circulation à l’extérieur du périmètre clôturé du chantier. Le camion fait une marche arrière sur la voie de circulation et le rack de pré-murs est déposé sur la voie. Pour la troisième fois, la grue mobile est déplacée pour être positionnée devant le rack. Un salarié intérimaire va élinguer les pré-murs afin de les décharger.

Il est bientôt midi quand un nouveau camion arrive, à l’opposé de la grue mobile afin de récupérer le rack vide. Nouveau problème : le chauffeur ne peut charger le rack, car celui-ci est positionné dans le mauvais sens. Décision est prise de faire pivoter le rack à 180 degrés. Le salarié intérimaire intervient pour élinguer le rack, avec l'aide du chef de chantier. Pour cela, ils utilisent les élingues à poulie à chaque extrémité du rack, celles qui ont servi à l’élingage des pré-murs.

Le grutier commence à soulever le rack et le fait pivoter sur 180 degrés en présence du salarié intérimaire à proximité de la charge. Quand le basculement du rack se produit, le tablier vient heurter de plein fouet sa tête. L’intérimaire est projeté au sol. Le rack lui tombe sur la nuque. Aussitôt hospitalisé, il décèdera 5 jours plus tard. Agée de 48 ans, la victime était coffreur bancheur depuis 25 ans.

L'ANALYSE

La reconstitution de l’accident s’est effectuée en présence des différents intervenants, la Carsat Sud-Est, l’inspection du travail et la police.

Le contrôleur de sécurité de la Carsat Sud-Est qui a procédé à l’enquête a relevé plusieurs dysfonctionnements techniques et organisationnels lors de l’opération qui ont concouru à l’accident :

  • Livraison d’une grue d’un tonnage supérieur à celle qui avait été prévue et contraintes techniques en lien avec l’opération de levage : l’équipe présente sur le chantier a travaillé « en mode dégradé ». La grue a dû être déplacée à trois reprises, pour finir à l’extérieur du chantier, ce qui a entraîné le positionnement du rack vide en sens inverse pour être récupéré par la suite.
  • Absence de notice du constructeur du rack sur chantier pour gérer les modalités de manutention.
  • L’examen d’adéquation de levage a été réalisé uniquement pour la pose des pré-murs. Il n'y a pas eu d’examen d’adéquation de levage pour la manutention du rack à cette opération. Cette opération n’était pas prévue pour le déroulement du chantier(l’approvisionnement par camion autodéchargeable).
  • Absence de mode opératoire de l’entreprise générale sur le chantier pour réaliser la manutention du rack par la grue mobile.
  • Les élingues à poulie prévues pour le levage des pré-murs à la verticale avec le camion auto-déchargeable ont été aussi utilisées pour le levage du rack et le retournement à l’horizontal à 180 degrés.
  • Le Plan particulier de sécurité et de protection de la santé (PPSPS) notifie seulement la pose des pré-murs. Aucun mode opératoire n’est notifié entre la phase de livraison par camion et la phase de pose des pré-murs, ni ne notifie l’emplacement du rack sur site.
  • Le salarié était titulaire d’une formation élingage.
  • Le salarié et l’encadrant sur chantier n’étaient pas titulaires de formation spécifique dédiée à la manutention des MCI (murs à coffrages intégrés) et ETS (équipements de transport et de stockage).
  • Le salarié se trouvait à proximité de la charge en cours de manutention.

LES PRECONISATIONS

La Carsat Sud-Est a demandé à l’entreprise générale la mise en œuvre de 4 mesures par voie d’injonction :

  1. Établir et formaliser les plans de levage et d’élingage pour réaliser les opérations de poses des MCI : positionnement de la grue mobile et du camion auto-déchargeable, positionnement des ETS, choix des accessoires de levage, mode d’élingage,… Ces plans devront être adaptés aux différents stades de phasage du chantier.
  2. Établir et formaliser les examens d’adéquation pour toutes les opérations de levage sur chantier conformément aux exigences de l’arrêté du 1er mars 2004 (lien en fin d’article).
  3. Mettre à jour le PPSPS et les modes opératoires associés depuis les phases de livraison des ETS, les phases de levage, jusqu’à la pose des MCI.
  4. Délivrer des formations spécifiques au poste de travail pour la réalisation des opérations de levage et de mise en œuvre des MCI / ETS conformément aux exigences du guide INRS ED 6118 « Murs à coffrages intégrés » : chapitre 5 « Compétences et objectifs pédagogiques » (lien en fin d’article).

Pour le complément d’enquête, il a été demandé des documents spécifiques aux autres entreprises concernées par cette opération : maîtrise d’ouvrage, coordination SPS, grutier, transporteur, agence d’intérim.

En savoir plus :

Murs à coffrages intégrés : prescriptions minimales à intégrer à la conception du procédé constructif MCI pour une mise en oeuvre en sécurité. INRS, 2012.

Arrêté du 1er mars 2004 relatif aux vérifications des appareils et accessoires de levage. Version consolidée au 08 décembre 2016.

Acteurs de la coordination SPS : rôles et missions de chacun dans la prévention des risques sur un chantier. INRS, 2012.

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